La ferme du Chaillois

L’EARL Chaillois-Gamé : maraîchers et producteurs de céréales certifiées AB dans le village de Thénisy.

Les producteurs de la ferme maraîchère et céréalière Chaillois-Gamé de Thénisy travaillent avec quatre AMAP à proximité dans le département, dont celle de Donnemarie-Dontilly, « Les Pâtissons du Montois ». Durant une saison de 47 semaines et qui démarre à la semaine 16 de l’année civile (mi-avril) et se termine la semaine 12 de l’année suivante (3ème semaine de mars), Anne, Florian et son frère Geoffroy déterminent chaque vendredi le contenu d’un panier qui varie selon les saisons et les aléas climatiques.

Il n’y a pas de livraison durant les fêtes de fin d’année (semaine 52 et semaine 1). Entre les semaines 12 et 16, il n’y a pas non plus de distributions, mais ils ne chôment pas pour autant, car c’est la pleine période de la préparation des semis, etc. Il est recommandé de renouveler son contrat avec eux, dès la fin janvier, car ils ont besoin de connaître, à l’avance les quantités de paniers, qu’ils vont devoir fournir à leurs quatre AMAP. Lorsque j’ai adhéré à cette AMAP et passé un premier contrat annuel avec « nos maraîchers », sur la saison 2011-2012, par exemple, le panier moyen était de 8,17 kg pour un coût de 20 euros, ce qui revenait à 2,45 euros en moyenne le kg de légumes toutes variétés confondues (il y a aussi des lentilles et au moment de la récolte, en septembre / octobre des épis de maïs – à cuire simplement à la vapeur et à croquer avec du beurre et du sel, un vrai délice). L’année d’avant, c’était 7 kg. « Il y a rarement deux années prolixes consécutives », affirment-ils. Les quantités, variables selon les besoins des différents adhérents, sont toutes établies par contrat. Pour les légumes, par exemple, on peut choisir un panier complet (4 personnes), mais, les quantités restant importantes, beaucoup d’adhérents s’engagent annuellement sur un demi-panier (2 personnes). Quand un demi-panier reste encore trop important pour une personne vivant en « solo », certains adhérents se partagent un demi-panier, une semaine l’un, une semaine l’autre. Il est possible de payer en 1 fois, 2 fois ou 12 fois. C’est un contrat dit « au coût de production ». Ce n’est pas de la « prévente » car il n’y a pas d’évaluation pécuniaire des légumes. Comme le rappellent les maraîchers : « ce que vous payez, c’est notre prestation, c’est-à-dire notre travail et les moyens techniques mis en œuvre pendant un an », comme l’eau, les semences, mais aussi des investissements plus lourds. Toutefois 10 % de cette production « amapienne » est réservée à la vente traditionnelle en détail directement à la ferme le samedi matin : ceci permettant à des non-adhérents d’y avoir accès, et de découvrir leurs légumes. Cependant, la saison 2016-2017 ayant été tellement mauvaise en raison des aléas climatiques, que les maraîchers de Thénisy, ont dû fermer la vente directe à la ferme afin de privilégier les adhérents des AMAP qu’ils desservent et de pouvoir remplir leur panier correctement. C’est évidemment leur priorité. L’objectif fixé par contrat est d’avoir en moyenne sur l’année 7 produits par semaine pour un poids du panier de 6 kg. « L’amapien » passe un contrat directement avec le producteur. Il n’y a pas d’intermédiaire financièrement parlant. L’association ne prend pas de commission et regroupe des bénévoles. La relation est basée sur la solidarité réciproque entre le producteur, l’adhérent et son AMAP. Chez « Les Pâtissons du Montois », il y a deux référents avec ce producteur (qui fournit légumes divers et farines), ceci afin de renforcer le lien et le dialogue avec les adhérents. Les soirs de distribution, l’adhérent peut rencontrer les maraîchers qui viennent apporter leurs caisses de légumes. Je peux témoigner qu’ils sont très polis, généreux, sérieux tout en aimant la plaisanterie, toujours sobres, très fiables et… courageux ! Ils ont désormais des années d’expérience, connaissent bien « le métier » et quand un amapien manifestement inexpérimenté, demande à ce qu’ils fassent pousser des bananes, de la canne à sucre ou bien des légumes de printemps en plein hiver, ils leur expliquent avec patience, que, non, ce n’est pas possible… Chacun son métier. L’ingénierie potagère, c’est sérieux ! Cela demande des années d’expérience et de l’anticipation, d’autant plus, qu’avec les aléas climatiques imprévisibles, les projets de culture maraîchère, peuvent être très rapidement remis en question. Quand on n’est pas du métier, on ne se rend pas toujours compte de ces impératifs ou ces difficultés.

La saison des nouveaux contrats pour 2017-2018 est ouverte et après une dure année en matière de production, le panier a très légèrement augmenté et passe à 21 euros pour au minimum 6 kg de légumes variés : ce qui revient, au maximum, à 3,50 euros le kg de légumes (toutes variétés confondues). Lorsque la saison est généreuse, l’« amapien » profite de la belle production, avec des paniers qui peuvent faire jusqu’à 8 ou 9 kg, ce qui fait encore moins cher le kg de légumes bio, de grande qualité nutritive et gustative, qui ont poussé à deux pas de chez nous.

Les maraîchers de Thénisy, occupent une surface de 2,5 ha qu’ils déplacent chaque année sur un champ de 6 ha. Cette parcelle maraîchère est certifiée « AB » (fertilisants d’origine organique, contrôlés sur les polluants, la limitation de la dose maximum d’azote, l’interdiction des produits phytosanitaires de synthèse, l’utilisation de semences bio, etc.) depuis 2006 et sérieusement inspecté par « Bureau Veritas », pour l’obtention de la certification et du label « AB ». L’accès de la ferme aux adhérents des différentes AMAP et à ses responsables vigilants, accentue cette transparence et tend à renforcer et à diversifier les contrôles sur la base d’un rapport de confiance réciproque sur les lieux mêmes de production et d’échange. En effet, les adhérents peuvent être sollicités, à donner un petit coup de main au moins une fois dans l’année (désherbage, récolte), ce qui est essentiel pour diminuer le coût de production, et des animations sont parfois organisées (ateliers pour enfants, méchoui, camping à la ferme, etc.) pour créer des « liens humains dans notre petit bout de monde rural », les maraîchers étant très attachés à rencontrer les adhérents et à communiquer avec eux. Le consommateur a donc ainsi une expérience de terrain indispensable à la compréhension de ce mode de culture. Très engagés et à l’origine eux-mêmes de la création de l’AMAP de Donnemarie-Dontilly avec des copains de par chez nous, Anne et Florian affirment que l’action de celle-ci a été essentielle dans leur établissement : « Quand on a commencé en 2007 notre projet de maraîchage bio, beaucoup nous disaient que ça ne marcherait pas, que dans le Montois rien n’est possible, que les gens étaient trop individualistes, trop ceci, pas assez cela… On l’a fait quand même, en démarrant avec l’association des « Pâtissons du Montois », sans laquelle rien n’aurait été possible. On a vu se succéder, se passer le relais, des gens qui ont donné du temps et pris du plaisir à construire une AMAP. Quand la météo n’y est pas ou quand les investissements qu’on doit faire pour produire nous font peur, c’est l’engagement des AMAP que l’on fournit qui nous donne l’énergie de continuer à mettre en œuvre un petit peu d’alternative ici, là où rien n’était censé être possible. » Florian Gamé, qui a repris la ferme de son père et avant lui de son grand-père, qui la tenait lui-même de son père, « et ainsi de suite jusqu’à Adam et Ève », précise-t-il avec malice, se définit comme : « un habitant du coin qui rêve éveillé à construire ensemble une vie faite de cercles vertueux entre tous, dans une petite région où vous êtes nombreux à être venus vous installer pour élever vos enfants « au vert », pour vivre autre chose que l’urbain débridé, frustrant… ». Avant de reprendre l’exploitation familiale, il vivait avec Anne à Dijon où ils travaillaient tous les deux dans le secteur social. Son frère Geoffroy, les a rejoint plus tard, après avoir fait des études à l’ENC Bessière (École nationale de Commerce) dans le 17ème arrondissent de Paris. Lui aussi, de retour au « pays », s’occupe de tout, comme son frère et sa femme, mais plus spécialement de la farine.

En effet, la conversion en bio des champs de céréales de l’exploitation familiale est progressive depuis 2009. En 2014, il y avait 43 hectares engagés. Grâce à l’investissement dans un hangar de stockage, en 2015, 80 hectares de culture ont pu être exploités, ce qui porte à 123 hectares la surface en culture bio et/ou encore en conversion bio. Restent 27 hectares de terre, exploités en agriculture « conventionnelle » à convertir à partir du 1er septembre 2019. Selon le respect du cahier des charges de l’Agriculture Biologique (certification AB), les parcelles non encore converties sont exploitées à part (ce ne sont pas les mêmes cultures, la production ne transite pas par la ferme et est livrée directement aux silos de Donnemarie-Dontilly). C’est un tout autre circuit en attendant que ces derniers hectares soient convertis[1]. L’installation d’un moulin, leur permet de fournir désormais de la farine : blé, petit épeautre (ou engrain), épeautre, épeautre Oberkulmer, de diverses « moutures », T65, T80, T110 (plus le chiffre est élevé, plus la farine est complète) et sarrasin. « Notre moulin est de type meule de pierre d’Astrié, ce qui permet d’écraser les céréales doucement et de manière progressive en un seul passage. L’intérêt est que la farine ne subit aucun échauffement, donc elle ne s’oxyde pas et le travail de la pierre permet de conserver tous les aspects nutritifs des grains notamment ceux du germe. »

[1] Certains « railleurs » anti-bio, se moquent du terme « converti » en l’interprétant comme un terme « religieux ». « La conversion » d’un champ qui a été exploité « conventionnellement » depuis des années, est un processus lent et rigoureux, et doit répondre aux exigences d’un cahier des charges drastique afin que la parcelle puisse obtenir la certification et le label AB (Agriculture Biologique). On dit ainsi qu’un champ est en « conversion bio » durant la période nécessaire pour obtenir la certification (le temps que la terre se régénère par exemple). La volonté de « convertir » son exploitation agricole, n’a rien de « religieux » ; c’est simplement une alternative qui « converti », au sens de « transformer », l’exploitation agricole en un autre mode de production. Cela répond à la volonté également de beaucoup d’exploitants agricoles de respecter leur santé (ils sont les premiers touchés par des maladies professionnelles reconnues qui seraient dues à des intrants et produits phytosanitaires toxiques), ainsi que l’environnement. C’est une production, également, qui répond à la volonté croissante des consommateurs, qui veulent consommer des produits qu’ils estiment de meilleure qualité, d’une plus grande richesse nutritive et plus respectueuse de la nature. Toutefois, l’objectif de cet article n’est pas d’ouvrir le « débat », mais de présenter des exploitants agricoles qui ont fait ce choix.

Ils fournissent leurs quatre AMAP, avec des contrats « farine », font de la vente directe à la ferme (vous pouvez passer votre commande directement sur leur site avant d’aller la chercher et obtenir des sacs de 1 kg, 2 kg ou 5 kg), fournissent la nouvelle boutique « Biocoop » de Provins, mais aussi la boulangerie Biogourmet située à Héricy, la pizzeria « Pili Pili et Parmesan » de Montereau-Fault-Yonne et  le restaurant parisien « Le Résistant ».

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer leur père, désormais en « post-retraite », heureux de voir « ses deux gars » revenir vivre au village et prendre la succession, et aussi, une fois, leur grand-père, qui est fier, m’a-t-il dit de « ses petits-fils ».

La conversion en bio de l’exploitation familiale s’est faite à l’initiative des enfants qui ont repris le métier, mais aussi d’Anne, la femme de Florian, concernant la culture maraîchère. Ils n’ont pu bénéficier d’une « transmission des savoir-faire » dans le sens où ils ont fait des choix très différents (produits cultivés, réforme du mode de production, etc.). Ils disent vivre avec leur temps, conscients des nouveaux enjeux à la fois locaux et mondiaux, en matière d’agriculture et de préservation de l’environnement. Ils sont très engagés également, pour transmettre leur expérience et aider d’autres à suivre cette voie résolument tournée vers l’avenir.

Et si on les accompagnait ? Ce serait bien plus utile que de leur mettre des bâtons dans les roues de la charrue !

Rejoignez l’AMAP « Les Pâtissons du Montois » !

L’entrée de la ferme du Chaillois (Thénisy)
En savoir plus :

EARL Chaillois-Gamé, 71 rue Grande 77520 Thénisy. Visitez leur blog et abonnez-vous à leur newsletter pour ne pas manquer les actualités de leurs cultures.
Liens vers les articles sur ce blog : Les Pâtissons du Montois et Qu’est-ce qu’une AMAP ?
 Adresses utiles :
- Boulangerie « Biogourmet », 25 rue de l’église, 77850 Héricy. 
- Pizzeria « Pili Pili et Parmesan », 6 rue couverte, 77130 Montereau-Fault-Yonne.
- Restaurant « Le Résistant », 16-18 Rue du Château d’Eau, 
Paris 10ème (Métro République). 

Auteur : Elisabeth

Créatrice et administratrice de ce blog

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