Le cinéma de Mons-en-Montois 11X20+14

Le cinéma de Mons-en-Montois 11X20+14

Comment ne pas avoir le coup de cœur pour ce petit cinéma « de brousse », dans une petite rue du village de Mons-en-Montois d’une cinquantaine de sièges, qui en fait la plus petite salle de cinéma d’Île-de-France, classée de surcroît « Arts et Essais[1] », doté du label « Recherche et Découverte », et depuis peu d’un autre label « Patrimoine et Répertoire ».

Se payer une toile en 4 K à Mons-en-Montois

En 2012, notre petit cinéma de Mons-en-Montois avait aussi dû faire sa Révolution numérique et pouvait s’enorgueillir, avec ses 50 places, d’être à cette date, selon son exploitant, « la seule salle en Seine-et-Marne à être équipée en 4 K et son Dolby Stéréo » !

En effet, dans le domaine du cinéma numérique, seul le 4K est comparable à la résolution 35 mm des anciens films argentiques, alors que le 2K, qui équiperait la majorité des grandes salles françaises, ne peut proposer une image de même qualité. La pellicule argentique est composée de grains, l’image numérique de pixels. Sur la base de 1 grain pour 1 pixel, avec une moyenne de 40 000 grains par mm2, les études montrent que la résolution du 4K est équivalente à l’ancien 35 mm argentique et le 2 K, 4 fois moins élevée. Avec environ 8 millions de pixels, contre 2 millions pour le 2K, on obtient une image de très haute qualité, et qui deviendra à l’avenir plus fidèle à l’original, car de plus en plus de films sont déjà tournés en 4K. Toutefois, si malheureusement trop de DCP[2] (disque dur) sont encore en 2K, ils sont améliorés par la projection 4K.

C’est pourquoi l’exploitant de cette salle de cinéma, Michel Le Clerc, fort de sa longue expérience et réputé pour son exigence, avait, dès le départ, fait ce choix technologique judicieux.

Quels financements ?

Cette transition numérique avait nécessité l’achat d’un équipement coûteux et avait été possible grâce à l’apport de fonds propres et de dons (environ 16 000 euros), mais également grâce à l’aide du CNC (40 000 euros) et aux subventions obtenues du Conseil Général (5000 euros) et du Conseil Régional (14 000 euros), pour un investissement total de 75 000 euros. Il fit aussi un appel aux dons parmi les fidèles et « généreux donateurs » sans qui ce petit cinéma péricliterait. Chaque saison est un nouveau défi pour l’exploitant qui doit faire survivre cette salle résolument atypique.

Dans un article de juillet 2012, le journal Le Parisien évoquait les difficultés financières rencontrées par l’exploitant face à l’indispensable transition au numérique de son cinéma : « Question de vie ou de mort ». Dans une lettre envoyée à la centaine d’adhérents du cinéma du village de Mons-en-Montois pour faire appel à leur générosité, Michel Le Clerc était alors sans détours : « Il n’y aura plus de film en argentique à la fin de l’année. Je dois donc installer le numérique avant, sans en avoir l’argent ». Le plus petit cinéma d’Île-de-France avait bien failli encore disparaître. Le pari de ce passage au numérique semble gagné, sans concession à la qualité… grâce à la persévérance de ce passionné de cinéma qui a fait sa place dans le Montois il y a bien 5X10 ans et compte beaucoup plus d’amis que d’ennemis. L’exploitant est reconnu pour son verbe haut et sait se battre et se défendre. Michel Le Clerc, avec son franc parlé, n’a pas que des amis chez certains de nos élus locaux et parmi une certaine population : le tam-tam nauséabond des ragots, des malentendus et des mensonges entretenus, n’ont pas toujours aidé. J’habite ici, comme vous le savez, je sais un peu trop comment cela se passe et c’est bien désolant. Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage, non ? Il en a vu d’autres et ne se laisse guère impressionner ! Pourtant, Michel Le Clerc, est un honorable jeune homme de plus de 4X20 ans, résidant à Mons-en-Montois depuis 55 ans, où il s’est installé, avec son épouse, un 1er avril (et ce n’est pas un poisson), et s’est fait remettre la distinction, par Maître Jacques Ballot, de « Chevalier de l’ordre national du mérite » sur la proposition de Madame Bredin, Présidente du Centre National du Cinéma (CNC) et de Madame Azoulay, Ministre de la Culture pour l’existence de ce cinéma (J.O du 15 NOV. 2016)[3]. Chapeau bas, Monsieur Le Clerc, vous avez dû encore faire des envieux !

La transition technologique est restée lourde financièrement pour le cinéma de Mons. Si le fonctionnement d’un cinéma numérique est rentable pour les multiplexes, car il ne nécessite qu’un seul « projectionniste » pour plusieurs salles (ce qui a entraîné, d’ailleurs, des licenciements importants dans cette profession), il reste peu avantageux économiquement pour un petit cinéma d’une seule salle. Les charges sont importantes : 50 % du prix du billet reversé au CNC, taxes à la SACEM, TSA, mais aussi charges EDF (5000 euros par an pour le fonctionnement des machines, l’éclairage et le chauffage) et la maintenance numérique annuelle de 2220 euros, font qu’il est difficile pour l’exploitant d’équilibrer son budget. En effet, l’aide « Art et Essai », la billetterie, les séances pour les écoles et le bénévolat ne suffisent pas. Il faudrait, sur l’année, 200 spectateurs par semaine en moyenne, (9000 par saison) pour équilibrer les comptes. Pour le transport des films, ils utilisent la dématérialisation avec « GlobeCast », mais il reste encore des films qui arrivent par le transporteur ou par la poste à leurs frais.

Il est secondé désormais aux commandes par le projectionniste Benoît MENAGER. Il a pu bénéficier pour lui d’un « emploi aidé », sous contrat de 26 heures. Il est tout comme lui, passionné et ne compte pas ses heures au petit cinéma de Mons-en-Montois. Il est ingénieur du son de formation et de métier. Il a travaillé une vingtaine d’années à l’INA où son travail consistait à mixer les films de grands réalisateurs et en particulier ceux de Jacques Tati. Personnalité discrète et modeste, il a une très grande connaissance du cinéma et ils font la paire tous les deux. La collaboration est fructueuse et Michel Le Clerc, fait toute confiance aux grandes compétences de Benoît dans le métier.

Programmation

Le cinéma de Mons-en-Montois présente une programmation très pointue, environ 1 à 2 films français et 4 ou 5 films étrangers en VO par semaine (hors programmation spéciale) qui suivent leur sortie nationale avec 15 jours à 1 mois de délai. Cette programmation est librement et finement décidée par son exploitant résolument indépendant dans ses choix. Les films sont choisis sur catalogue et Michel Le Clerc nous a confié en visionner environ 7 ou 8 par semaine avant de faire son choix définitif. Les « grands films commerciaux » sont rarement retenus. En effet, la concurrence des cinémas multiplexes fait que ce choix ne s’avère pas rentable pour son cinéma. Un exemple, une année, la programmation de Gastby le magnifique, en version française, n’avait attiré que 5 spectateurs sur 2 séances, alors que deux semaines après Shokusai, un film en japonais en deux parties, a réuni une trentaine de personnes aux séances des 12 et 15 juillet. La clientèle de ce cinéma classé « Art et Essai », essentiellement constituée de fidèles, est composée à 20 % d’habitants du Montois (nul n’est prophète en son pays ?) et majoritairement d’un public venant de plus loin, comme de Fontainebleau, Avon, Melun, Saint-Mammès, Saint-Just, La Croix-en-Brie, Provins, Nangis, Bray-sur-Seine, etc. On ne vient pas à Mons pour voir les films qui sont déjà à l’affiche des cinémas des multiplexes. Michel Le Clerc est donc gagnant en affirmant la différence de sa petite salle de cinéma rurale. La fréquentation est en légère progression chaque année (140 à 150 spectateurs par semaine). Depuis l’ouverture, il y a une quinzaine d’années, ce cinéma a programmé 3000 films, 9000 séances et plus de 50 000 heures de projections bénévoles.

Jeune public

Le jeune public n’est pas non plus oublié dans sa programmation, certaines écoles élémentaires et collèges des villages des environs organisant des sorties « cinéma ». La société Procars est alors sollicitée pour conduire les enfants au village de Mons (la salle contient le même nombre de places qu’un bus : 50 bambins et 3 adultes accompagnants). Les scolaires peuvent augmenter considérablement sa dynamique de fréquentation. En effet, à cette occasion, par exemple, le cinéma de Mons peut enregistrer 490 entrées pour 7 films en 14 séances grâce, en partie, aux scolaires. L’accueil est toujours chaleureux et durant les congés, des films « jeune public » d’une rare qualité et originalité sont également proposés pour des sorties familiales. Je suis personnellement, très reconnaissante au programmateur de cette salle de nous avoir fait découvrir des films « jeune public », à la qualité artistique et graphique, culturelle et pédagogique, rares, que nous avons adorés (notre fille et ses parents)… sans Michel Le Clerc, nous ne les aurions pas connus. C’est toujours une fête de pouvoir y aller aussi avec notre fille qui adore ce petit cinéma !

La qualité est toujours au rendez-vous. C’est un grand professionnel, un érudit et un pédagogue. Il a le goût très sûr et fait des choix exigeants et on peut lui faire confiance. En voilà un qui ne prend pas nos bambins pour des crétins, ainsi que leurs parents ! Je n’ai qu’un seul regret, c’est qu’en raison de notre emploi du temps, nous ne puissions y aller plus souvent…

Ce petit cinéma dynamise sa programmation régulière, par l’organisation de soirées à thèmes, suivis d’un débat ; également tous les deux mois, une semaine consacrée aux cinématographies rares et peu distribuées dans le circuit conventionnel (des films d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale, d’Asie, du Moyen-Orient, du Proche Orient, d’Afrique…) ; son festival du « Film Sacré », en octobre, présentant une dizaine de films « avec ou sans Dieu », qui lors de sa 13ème édition a réuni 600 spectateurs pour 35 séances ; un nouveau rendez-vous, également, le KINOKIZ, qui est un rendez-vous, organisé chaque dernier mardi du mois, pour jouer tous ensemble autour du 7ème Art (40 minutes de jeux, quiz visuels, audio, blind tests, etc.) et voir et revoir un film du patrimoine en version restaurée dont la soirée se prolonge en discutant et grignotant autour d’un verre de l’amitié.

Aussi, on ne peut qu’encourager les habitants des environs à soutenir et à fréquenter plus assidûment le petit cinéma de Mons et à venir découvrir sa programmation de qualité qui fait aussi la réputation du Montois !

Le programme du cinéma est disponible chez les commerçants de Donnemarie-Dontilly, par e-mail, en s’abonnant à la newsletter (michel.leclerc4@sfr.fr), dans la presse locale et spécialisée, mais aussi sur www.allocine.fr et en consultant son site web tout neuf : www.cinemons.fr !
A consulter sans modération.

Les tarifs sont les suivants : 
 
Enfant moins de 13 ans : 4,00 € / Etudiant-Retraité-Chômeur : 7 € / Normal : 10 €

Carte de 10 places (+ 1 gratuite) : 65,00 € / Carte de 5 places : 35,00 €

Pour les abonnés/donateurs (minimum don de 150 € avec réduction d’impôts de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable) : place à 4 € ou carte 10 places (+1 gratuite) à 40 €.
Cinéma 11x20+14 

21 rue de la Croix Rouge

77520 Mons-en-Montois

Tél. 06 10 49 13 48

Que signifie le nom du cinéma 11X20+14 ?

« Le 21 avril 1430, jour du grand malheur, les onze-vingt-quatorze (234) habitants de Mons-en-Montois, dits « les Mutins », furent massacrés par les Anglo-Bourguignons pour avoir défendu leur liberté, leur famille et leurs biens. » C’est ainsi que les archives du village ont consigné ce sombre souvenir.

Au cœur de ce village de 400 habitants, une petite ferme typique de la Brie (3 granges restaurées) abrite les activités de l’association des 11×20+14, depuis une bonne trentaine d’années. Aux habitants de Mons-en-Montois et d’ailleurs, cette association loi 1901 rappelle, par son nom, le sang versé et les liens de l’histoire. Histoire et histoires, car l’association 11×20+14 poursuit deux objectifs : la restauration de vitraux anciens et la projection de films Art et Essai en Sony 4K Dolby… Patrimoine et culture, tradition et modernité en pays briard !

Les dons à l’association 11×20+14 sont bienvenus et déductibles d’impôts à raison de 66 %.

En savoir plus sur le cinéma numérique :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cinéma_numérique‎

[1] Poursuivant l’ambition de ses fondateurs de mieux défendre le cinéma qu’ils aimaient et d’en élargir l’audience en se coordonnant pour se renforcer, l’AFCAE (Association Française des Cinémas d’Art & d’Essai) rassemble aujourd’hui dans sa diversité l’ensemble du mouvement Art & Essai. Elle regroupe 1000 cinémas, avec plus de 2000 salles, réparties sur l’ensemble du territoire français et dans toutes les zones géographiques : centre des grandes villes, périphéries ou zones rurales. Elle mène une politique active d’accompagnement de films d’auteur à travers ses 3 groupes : actions/promotion (sorties d’actualité), jeune public et répertoire. Sur les 600 sorties annuelles, une quarantaine de films bénéficient ainsi chaque année d’un éclairage qualitatif tant auprès des salles que du public et d’un soutien particulier pour aider les salles à leur offrir des conditions d’exposition favorables.

(http://www.art-et-essai.org)

[2] Un Digital Cinema Package (DCP) est l’équivalent en cinéma numérique de la copie de projection qui, en cinéma traditionnel (argentique), se présente sous la forme de bobines de film argentique 35 mm, délicates à manipuler, pouvant peser jusqu’à 60 kg, alors qu’un DCP se compose d’un ensemble de fichiers informatiques (images, sons, sous-titres, méta-données) destinés à être stockés et lus par un lecteur de DCP couplé à un projecteur numérique dans la cabine de projection.

[3] « M. Le Clerc (Michel, Christian, Henri), exploitant d’une salle de cinéma d’art et d’essai ; 69 ans de services » (J.O du 15 NOV. 2016 – page 26/30), distingué au grade de « Chevalier » à la Chancellerie de l’Ordre national du Mérite, par le Ministère de la culture et de la Communication.

Auteur : Elisabeth

Créatrice et administratrice de ce blog

2 réflexions sur « Le cinéma de Mons-en-Montois 11X20+14 »

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