« Les fées » : mode et couture en kit

Noëlle Gosselin vit à Donnemarie-Dontilly et a créé sa boutique en ligne « Les fées », où elle propose la vente au mètre, de tissus originaux de créateurs et de grands couturiers parisiens réalisés par des tisseurs européens, mais aussi des coupons, des boutons et… des vêtements en kits, prêts-à-coudre ! Tout se fait par son site web « Les fées », elle n’a un point de vente « local » et « physique » et ne fait pas de retouches.

À propos des kits prêts à coudre, Noëlle explique : « Sur un patron traditionnel, il y a plusieurs tailles avec plusieurs tracés, à la place je propose un – placement –, ainsi, la couturière n’a plus qu’à découper chaque pièce du vêtement à coudre, en suivant le tracé, qui correspond à la taille commandée. Les tissus que je propose offrent une qualité de vêtement haut de gamme, car je rachète, en fin de saison, les chutes des créateurs ».

Avant de commander un kit, prêt à coudre, il faut d’abord sortir le mètre à couture pour bien connaître ses mensurations. En effet, les kits sont livrés sur-mesure. Noëlle conseille de le faire avec un(e) ami(e), c’est plus facile ! Une page de son site web aide à savoir le faire comme un(e) pro.

Pour le(s) débutant(e)(s) en couture, il y a des vidéos en ligne. Noëlle nous donne ses « petits trucs », afin de finaliser au mieux le vêtement en kit commandé et devenir un(e) as de la machine à coudre ou de la petite aiguille.

Certain(s) client(e)(s), envoient la photo de leur réalisation, et, Noëlle, avec l’autorisation de leur auteur, les publie sur son site afin de les donner en exemple et encourager les autres. Les client(e)(s) peuvent laisser des commentaires.

Pour choisir son kit, rien de plus facile. À droite, il y a des menus déroulants et on choisit quel type de vêtement on souhaite (manteau, pantalon, jupe, robe, veste), mais on peut aussi découvrir les nouveautés proposées. Et si je choisissais « jupe » ? Je choisis donc la ligne « jupe ». Le site me présente un grand nombre de modèles de jupes. On peut affiner sa recherche, en choisissant « matière », « motifs », « couleurs » et son niveau en couture (débutant(e), confirmé(e), expert(e), confection facile, très facile). Les vêtements sont tous présentés en photo, déjà réalisés et portés (souvent par des clientes). On fait alors son choix parmi les photos, on clique et on donne ses mensurations, on précise si on veut recevoir le patron et le tissu, ou bien le tissu déjà coupé, prêt à coudre. Une vidéo ou des explications pour réaliser chaque vêtement est également en ligne.

De la même façon, on peut choisir des coupons de tissu au mètre. Il est possible également de demander un devis et des échantillons avant de faire son choix. Il y a aussi régulièrement des promotions sur ces coupons de tissus. Le paiement se fait en ligne, les conditions générales de vente et d’expédition sont bien détaillées. Noëlle m’a dit que le site web de sa boutique en ligne, quoique très simple d’utilisation, va faire bientôt l’objet d’un « relookage ».

J’ai eu la chance de découvrir l’atelier de Noëlle (une vraie caverne d’Ali baba), avec ma fille de 7 ans. J’étais ébahie, d’autant plus que je ne m’y attendais pas du tout. Un soir d’automne, je devais la prendre chez elle, car on avait organisé toutes les deux un covoiturage. Ma batterie s’étant déchargée, je n’ai pas pu redémarrer mon engin alors que j’étais juste devant chez elle. J’étais vraiment confuse pour elle. Je ne pouvais pas l’amener où on devait aller par la faute de ma f… petite voiture rouge qui faisait ce soir-là son caprice. Elle m’a accueillie, avec calme et sérénité, chez elle, avec ma gamine, époustouflée, comme moi, par le nombre de boutons, d’épingles, de vêtements sur des portants, etc. « Mais, tu fais quoi Noëlle, c’est ton activité professionnelle ? »… Et voici comment une panne de batterie, peut devenir l’occasion de passer un excellent moment avec une personne de très bonne compagnie. Elle a servi une menthe à l’eau à ma fille et des chips et m’a servi un kir et m’a parlé de sa boutique en ligne. C’est ainsi que j’ai connu « les fées », ou plutôt « une fée créative et courageuse », dont la maison est de porte à porte à 5 km de chez moi sur la commune de Donnemarie-Dontilly. Et j’ai moi aussi, très envie de vous la faire connaître, si vous ne connaissez pas déjà son activité !

Contexte général expliqué par Noëlle :

La fabrication de vêtements prêts-à-coudre est une activité néo-industrielle, en amont. Ensuite, le produit est cousu par la cliente finale, dans le cadre d’une activité de loisirs créatifs. Les modes de fabrication délocalisée sont remis en question et tous les organismes réfléchissent à la manière de relocaliser une partie de la production. La « mass customisation » offre une possibilité de vêtement mieux adapté mais celui-ci reste cher, si la fabrication est faite en France.

Le vêtement prêt-à-coudre est une alternative.

Historique de la démarche :

L’idée vient de mon vécu professionnel. En 1983, j’étais VRP et j’implantais les dépôts de patrons de couture « Vogue et Butterick » en région parisienne pour la société Trégal. À partir des freins à la vente des patrons, j’ai imaginé un produit intermédiaire entre la façon traditionnelle de coudre et la confection. J’ai donc réfléchi à un « kit de couture » dans lequel on trouverait un modèle mode, dans une belle matière, avec du fil et des fournitures assorties ainsi que les explications de montage. C’est ainsi que j’ai créé la SARL « Objectif 6 » en 1984 et ouvert une boutique à Paris dans le quartier du Marais. J’ai reçu un très bon accueil de la presse féminine et des clientes « early adopters ». J’ai arrêté cette activité après 3 ans, en 1987, car la fabrication artisanale et les coûts de matière première ne me permettaient pas une marge suffisante.

Maturité du projet :

J’ai repris l’idée du « kit » avec deux nouveaux axes de développement.

Premier axe (marketing) :

Les loisirs créatifs, ou des créateurs prestigieux tels Chantal Thomas, Issey Miyake ou Stella Cadente et Nelly Rodi ont fait des incursions, signe que les loisirs créatifs sont une « tendance » à suivre.

Deuxième axe (technologique) :

– La customisation, ou « sur mesure industrielle » (mass customisation).

– La visualisation 3D.

Ce choix de promouvoir un kit de vêtement « semi sur-mesure » résulte de la conclusion d’une étude de l’IFTH d’où il ressort que deux femmes sur trois et un homme sur deux ne sont pas satisfaits des produits de confection et qu’ils souhaitent des vêtements plus adaptés à leurs mensurations réelles.

L’évolution constante des logiciels de modélisme 2D/3D a mis la technologie à la hauteur des TPE innovantes.

Finalité d’intérêt collectif de la SCIC :

De nombreuses études montrent que la recherche de « sens » est une préoccupation forte dans l’intention et l’acte d’achat :

– Innocuité et réassurance,

– Relocalisation, écologie, éthique, développement durable préservant la qualité,

– Transmission des savoirs,

– Sous l’effet des réseaux sociaux, le besoin d’appartenance à une « tribu » devient prégnant.

Ces préoccupations permettent de s’extraire de la contrainte de prix, malgré l’économie de « crise ».

Innocuité et réassurance :

« La qualité des tissus Européens limite les risques. « Greenpeace » œuvre depuis des années sur les impacts sanitaires et environnementaux de la production des textiles. Les analyses que l’association « Greenpeace » a réalisées sur des vêtements fabriqués dans différents pays d’Asie (Chine, Vietnam, Malaisie et Philippines), montrent que les processus industriels de fabrication pour 52 vêtements sur 78 utilisent des NPE comme détergeant[1]. »

Relocalisation :

Faire soi-même son vêtement, où le donner à coudre sur-mesure à une couturière de quartier, contribue à relocaliser la fabrication.

Écologie :

Le kit a également un bon bilan carbone puisqu’il est l’alternative à l’importation de vêtements qui parcourent des milliers de kilomètres pour arriver jusqu’à nous.

Éthique :

Faire son vêtement ne limite pas l’achat de vêtements fabriqués par une main-d’œuvre à bas salaires, avec le risque d’exploitation que cela comporte, mais c’est aussi un positionnement. (Cf. l’application e-tune « how many slaves work for you ? », pour encourager les marques à vérifier leur supply chain).

L’anniversaire du drame du « Rana Plaza »  vient nous rappeler les conséquences de nos modes de consommation.

Développement durable et qualité :

Les matières proviennent de « récupération » de haut de gamme, c’est une forme de recyclage « qualitatif ». Après avoir passé plusieurs heures à coudre son vêtement, on ne le jette pas aussi vite qu’un autre vêtement. C’est la « slow fashion ».

Transmission, initiation :

Le kit pourra également être un support pour initier ses enfants, ce qui est perçu comme important par 75 % des pratiquants de loisirs créatifs, selon une étude de l’INSEE de 2009.

Appartenance et réseaux :

Les « fashionistas » se transforment en « recessionistas », mais ne renoncent pas à un beau tissu et un beau vêtement. En complément de produits qualitatifs à un prix équitable, le site offrira une grande convivialité et une interaction avec les clientes.

Les clientes sont invitées à diffuser des avis et à voter, voire participer au processus de création, en « co-working », dans l’esprit des « Fab-Labs ».

YouTube et partage :

Les vidéos de montage des vêtements, visibles gratuitement sur « YouTube » sont plébiscitées, avec plus de 1220 abonnés et près de 416 000 vues.

Économie de crise :

Dans un article paru sur le site L’express-L’entreprise : Le marketing spécial « fauchés », remède anti-crise ? Étienne Gless parle de « Ghandian engineering ». Ce « marketing de la frugalité », est théorisé depuis quelques années. Dans les grandes lignes, il prône la possibilité de produire à un prix abordable des produits riches en nouvelles technologies.

La philosophie sous-jacente va même jusqu’à convoquer l’idéal du Mahatma Gandhi : « Doing More with Less for More » : « Faire plus avec moins pour le plus grand nombre. »

Noëlle peut rencontrer des difficultés pour développer son entreprise (essentiellement financières) et pense pour cela à opter pour le « crowdfunding »[2], pour financer par exemple, un traceur industriel (une grosse imprimante spécialisée) ; son site web reste également une charge importante et il est difficile en réalité de faire connaître son site sur « la toile » et d’être bien placé dans les référencements (moteurs de recherche) et cela a un coût, si on décide d’avoir un statut d’« annonceur ». Elle recherche aussi des vendeuses en VDI pour animer des réunions de vente à domicile, avec une rémunération à la commission.

Elle n’a pas besoin d’idées, elle n’en manque certainement pas ! Elle demande à se faire connaître, à faire connaître son entreprise. En janvier 2015, Noëlle a eu un article dans La République de Seine-et-Marne et elle fait connaître son entreprise dans la presse spécialisée de confection et de loisirs créatifs.

[1] Source : Rapport Greenpeace « Dirty Laundry 2 : Hung Out to dry », août 2011 et revue Mariane.fr

N’hésitez pas à contacter Noëlle par e-mail ou lui téléphoner au 01 64 01 79 53  et à visiter son site web.

***

[2] Le crowdfunding est un terme anglais pour désigner un « financement participatif ». Cela signifie qu’un grand nombre de personnes sont amenées à participer à l’élaboration, en termes économiques et financiers, d’un projet. Il existe plusieurs formes de crowdfunding et ce dernier est réglementé depuis le 1er octobre 2014.

Pour en savoir plus, sur le  « crowdfunding ».

Auteur : Elisabeth

Créatrice et administratrice de ce blog

3 réflexions sur « « Les fées » : mode et couture en kit »

  1. Merci Elisabeth.
    Ton article est très complet et j’ai bien aimé le récit de notre rencontre inopinée lors de ta panne de voiture.
    J’aime beaucoup ton petit logo de chat, botté sans doute ? Mais c’est une autre histoire !
    Il y a beaucoup à lire, ça foisonne, et tu écris bien, alors je te souhaite bonne et longue plume !
    Noëlle, pour Les Fées

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