Sociologie des campagnes

Le monde rural aujourd’hui

Vous êtes plutôt « Rat de ville » ou « Rat des champs » ?

Décider de quitter la ville et de venir vivre à la campagne ? Depuis les années 1990 et 2000, c’est devenu une réalité pour de nombreux ménages – dits « néo-ruraux » – qui y voient bien des avantages : la recherche de logements individuels et plus accessibles financièrement que dans les zones urbaines, dans un cadre de vie plus tranquille et proche de la nature, etc. Certains reviennent vivre là où ils sont nés (ou leurs ancêtres) et revendiquent des attaches familiales lointaines très fortes, d’autres découvrent un monde et un mode de vie tout à fait nouveaux. Dans ce contexte, les espaces ruraux redeviennent attractifs, mais tendent à créer une situation paradoxale : tandis que le nombre d’agriculteurs décroît[1], les campagnes françaises gagnent des habitants, dans presque toutes les régions.

Qui sont ces nouveaux habitants ?

L’arrivée de ces nouvelles populations en milieu rural entraîne une recomposition sociale, avec une grande diversité de profils en matière d’origine sociale, de revenus, de générations, de pratiques de mobilité, de rapports à l’espace… Même si cette diversité a toujours existé, elle s’est accrue entre résidents permanents et peut remettre en question le rapport des populations avec le territoire, mais aussi le rapport des populations entre elles, entre nouvelles et anciennes. Elle peut aussi induire des phénomènes de fragilisation et de précarisation, voire d’exclusion (clivages, cloisonnements, indifférences, préjugés, replis sur soi, malentendus, différences de pratiques culturelles, de niveaux d’études, etc.) et pose ainsi la question de la cohésion sociale dans un environnement restreint à l’échelle d’un village. Comment les territoires ruraux et leurs élus peuvent-ils s’organiser pour accueillir ces nouvelles familles et développer de véritables politiques d’accueil, tout en préservant leur caractère propre ?

Face à cette évolution, l’enjeu est donc de favoriser le lien social et le « vivre ensemble » par la rencontre et la coopération entre ces différentes populations, mais aussi l’implication des habitants dans la vie de ces espaces. À cet égard, la dynamique et la qualité des services des multiples associations (sociales, culturelles, sportives, etc.) de nos territoires ruraux, peuvent jouer un rôle essentiel. Dans cette diversité de population, les propriétaires de résidences secondaires ne sont pas non plus à négliger, tant leur implication sur le territoire et leurs besoins n’ont pas les mêmes spécificités que celles des habitants permanents, ce qui peut créer là encore des décalages et des incompréhensions entre les habitants d’un même village…

Les exploitants agricoles restent, en nombre, largement minoritaires par rapport à ces « nouveaux-venus », dont l’arrivée, n’est pas toujours vu par certains, comme une contrainte, mais au contraire, comme un facteur propre à redynamiser leur territoire. Imaginons, même un instant ce qui n’a jamais existé : sans ces familles qui s’installent ou se sont installées en résidence permanente, les agriculteurs, qui représentent aujourd’hui à l’échelle nationale 1 % de la population de plus de 15 ans (et représentent en 2010, 1,1 % de la population de plus de 15 ans et 1,5 % des ménages sur le canton de Donnemarie-Dontilly, par exemple) vivraient dans un désert démographique… Et dans des villages de maisons aux volets clos (maisons à vendre ou abandonnées, commerces fermés, résidences secondaires plus ou moins fréquentées). Si les services perdurent ou se développent à nouveau (commerces de proximité, services postaux, santé, accueil de la petite enfance, éducation scolaire, péri-scolaire, transports, etc.), c’est en réponse à la demande croissante de ces familles qui s’installent et font souche. Voici comment, Échouboulains, une commune de 600 habitants, présente ce phénomène, sur la page d’accueil de son site web : « La tranquillité de notre village, la proximité de Paris et sa banlieue ont favorisé l’implantation de citadins à la recherche d’un meilleur cadre de vie. Ce renouveau de population a permis l’ouverture ou la réouverture de certains commerces (café, ferme auberge, commerce multi-services). Cela a permis aussi le maintien ou la création de certains services (agence postale, crèche familiale, centre aéré, aide-ménagère, cantine scolaire). »

L’exode rural

La population rurale française a atteint son maximum (en valeur absolue) avec 26,8 millions de ruraux entre 1850 et 1860. À partir de cette date, la population rurale commence à décroître en France. Elle compte 43,8 % de personnes vivant de la terre au recensement de 1906, et 31 % à celui de 1954. La population urbaine a dépassé les 50 % en 1931. Le caractère réel, du dépeuplement des campagnes, qui conduit le sociologue Henri Mendras à parler de la « fin des paysans » en 1967, recouvre en fait des décalages importants entre les régions et encore plus entre communes rurales, suivant leur richesse et les rapports sociaux de production existants. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural touche ainsi principalement les terroirs d’exploitation difficile, particulièrement dans le sud de la France ou les régions montagneuses. La baisse de population peut y entraîner la disparition progressive des services et de l’artisanat. Baisse de population qui a pu aller jusqu’à son terme dans certaines communes rurales, qui ont disparu faute d’habitants.

Il y a donc exode rural lorsque le flux d’émigration augmente au point que, ajouté à celui des décès, il l’emporte sur le total des naissances et des arrivées. Aux jeunes garçons et filles obligés de partir, s’ajoutent alors de plus en plus d’actifs adultes : ouvriers agricoles, journaliers et petits paysans. Les artisans de village, très nombreux au XIXe siècle, disparaissent également, victimes de l’industrialisation et de la baisse de la clientèle. La diminution de la population rurale résulte donc, pour l’essentiel, des gains de productivité induisant la concentration des exploitations dont le nombre diminue en même temps que progresse leur superficie moyenne. Les investissements réalisés augmentent la productivité agricole et diminuent d’autant les besoins de main-d’œuvre.

La Grande Guerre, qui fit des centaines de milliers de victimes parmi les ruraux, a également joué un rôle prépondérant dans l’exode rural en confrontant les jeunes ruraux à des citadins. Les droits progressivement obtenus par les ouvriers (semaine de 40 heures, congés payés lors du Front populaire) furent également vécus comme des injustices fortes par la population rurale, qui en était exclue.

L’exode des jeunes et des femmes conduit également au vieillissement de la population et aux problèmes de célibat, ce qui fait baisser le taux de natalité.

D’après l’Insee, l’exode rural se serait terminé en France vers 1975, après le remembrement de 1965. Depuis cette date, le solde migratoire campagne/ville s’est stabilisé, voire, depuis le début des années 1990, inversé aux alentours des grandes régions urbanisées. On parle maintenant de « rurbanisation » : des citadins s’installent à la campagne, mais gardent un certain mode de vie urbain et un travail en ville.

En savoir plus :

[1] « La France compte 515 000 exploitations agricoles. En 20 ans, leur nombre a baissé de plus de la moitié. Les petites et moyennes structures sont les plus touchées alors que le nombre de grandes reste supérieur à celui de 1988. Les secteurs laitiers, de la polyculture et du polyélevage subissent les plus fortes baisses. Les exploitations spécialisées en grandes cultures, soit près d’une exploitation sur quatre, sont celles qui résistent le mieux. Les petites exploitations restent les plus nombreuses mais leur part s’est réduite de 10 points en 20 ans. La disparition d’exploitations permet l’agrandissement de celles qui se maintiennent. Ainsi, un tiers des exploitations sont aujourd’hui des grandes structures, qui devancent désormais les exploitations moyennes. (…) En deux décennies, la superficie agricole utilisée (SAU) des exploitations a perdu près de 1,7 million d’hectares. À l’inverse des petites et moyennes exploitations, l’ensemble de la SAU des grandes exploitations a fortement augmenté. Leur surface moyenne dépasse aujourd’hui 100 hectares. Les petites exploitations n’utilisent que 7 % de la SAU et leur surface moyenne est de 11 hectares. (…) En vingt ans, le nombre de travailleurs permanents a baissé de moitié dans les exploitations agricoles. Cette diminution est équivalente à celle du nombre d’exploitations. Les trois quarts de ces actifs permanents travaillent dans les moyennes et grandes exploitations, en qualité d’exploitants ou de coexploitants, d’aide familial ou de salarié permanent non familial. » 
Sources : http://www.insee.fr

Données extraites et collectées : 

www.insee.fr

wikipedia.org/wiki/Exode_rural#En_France

Quelle France rurale pour 2020 – Contribution à une nouvelle politique de développement rural durable, Datar, 2000-2001.

« Les territoires ruraux, Ressources d’ARTEVER », Politiques des temps dans les territoires ruraux, février, 2007.

Réseau rural français, Accueil et maintien de populations en milieu rural : le Réseau Rural Français enrichit les politiques des territoires ruraux, dossier de presse, février 2012.

Sénat, Rapport d’information fait au nom de la Délégation à l’aménagement et au développement durable du territoire sur le nouvel espace rural français, par MM. Jean FRANÇOIS-PONCET et Claude BELOT, Sénateurs, Session extraordinaire de 2007-2008.

Histoire de la France rurale, tomes 3 (1789-1914) et 4 (1914-1974), sous la direction de Georges Duby et A. Wallon, Seuil, 1981.

Henri Mendras, La fin des paysans, Paris, SEDEIS, 1967 ; réédition, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 1992.

Site du village d’Échouboulains et l’article sur l’artiste Bruno FortuneR, sur ce blog, qui a peint, les maisons d’Échou, commune d’Échouboulains.

Auteur : Elisabeth

Créatrice et administratrice de ce blog

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