Mons-en-Montois : une médaille bien méritée

C’est en cet auguste jour ensoleillé, 1er avril 2017, que Michel Le Clerc, honorable jeune homme de plus de 4X20 ans, résidant à Mons-en-Montois depuis 55 ans, où il s’est installé, avec son épouse, un 1er avril (sa date fétiche), a choisi de se faire remettre la distinction, de « Chevalier de l’ordre national du mérite » par Maître Jacques Ballot, lui-même, sur la proposition de Madame Bredin, Présidente du Centre National du Cinéma (CNC) et de Madame Azoulay, Ministre de la Culture pour l’existence de ce cinéma (J.O du 15 NOV. 2016)[1].

Cette cérémonie a réuni quelques amis et fidèles soutiens ; le maître des lieux ayant voulu organiser une « garden-party » à son image, pleine de malice, de décontraction et de gouaille, sans prétention aucune, sur une pelouse toutefois fraîchement tondue, et inviter, à cette occasion, des cinéphiles de « loin ou pas loin d’ici », ou de « tout à côté d’ici », aimant tous, à la fois la personnalité de Michel et son petit cinéma de « brousse », autour d’une longue table pleine de délicieuses petites choses à becqueter et à boire.

Bloggeuse et « journaliste en herbe » (car habitant la campagne et dans un « village d’à côté »), j’avais reçu, non sans fierté, moi aussi, mon carton d’invitation VIP (Vivant Ici au Pays).

Reportage en immersion :

Une fois la petite foule arrivée et les nombreuses voitures stationnées dans la rue du village de Mons-en-Montois, et après que nous avons tous dit, bonjour à Michel, son épouse, Benoît Ménager et des copains du coin ; Maître Jacques Ballot a commencé la cérémonie solennelle, par un discours d’hommage à son ami de longue date, Michel Le Clerc. « Né le 23 novembre 1929, dans la ville du Havre… », ainsi commence toute l’histoire, celle du film de sa vie. Le public, tantôt s’émeut, tantôt rit… vient ensuite, les phrases solennelles, tout ce qu’impose le protocole républicain :

Étape 1 : éloge du récipiendaire. (et non pas le « récipient d’air », « Élisabeth, un peu de tenue voyons, c’est sérieux, ce n’est pas parce que c’est le 1er avril, que tu peux taquiner Michel Le Clerc, me dis-je alors ! »),

Le délégué est celui qui a été choisi par le décoré, pour remettre la médaille ; il doit être un membre de la Légion d’honneur, ou titulaire d’un grade au moins égal à celui à qui il remet l’insigne ; ou être ambassadeur ou membre du gouvernement. Il était donc plus prudent que Michel Le Clerc choisisse, Maître Jacques Ballot (non moins célèbre notaire de Donnemarie-Dontilly).

Ainsi, le discours est prononcé par le délégué. Il s’agit selon l’usage de rendre hommage au décoré, rappeler son parcours, ses valeurs et ses engagements, les mérites éminents pour lesquels il est distingué.

Étape 2 : La remise de l’insigne.

Le délégué prononce la formule suivante, fixée par le Code, puis donne l’accolade au décoré :

« Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de l’ordre national du mérite… »

On décore ainsi le valeureux de la République, non sans émotion ; et on lui fait la chaleureuse et solennelle accolade.

Étape 3 : La réponse du décoré. (ou réponse du berger à la bergère)

C’est pour le décoré le moment d’exprimer ses remerciements devant cette marque prestigieuse de reconnaissance et auprès de tous ceux qui ont compté dans son parcours.

Michel Le Clerc, était bien sûr très ému, nous aussi… et c’est la médaille un peu lourde, cachée dans les plis d’un gilet rouge, que, debout et fier de l’être, il a prononcé ce discours, retranscrit ici avec l’aimable autorisation de son auteur :

1er avril 2017

« Vos paroles, Maître Jacques Ballot, me touchent infiniment et c’est un grand honneur que vous me faites en me remettant la distinction de l’Ordre National du Mérite.

Permettez-moi de vous remercier, car vous êtes aussi associé à la création des 11X20+14, il y a de cela 35 ans. Souvenez-vous, une plaque a été apposée sur le mur de l’église de Mons en Montois pour rappeler le massacre des 11×20+14,234 hommes enfermés dans l’église, assassinés par les anglo-bourguignons le 21 avril 1430. Un « Oradour sur Mons » avant la lettre.

Je remercie tous nos amis des 11X20+14 et je voudrais rendre un hommage à ceux qui nous ont quittés. Sans eux et ces quatorze années de travaux, le cinéma de Mons n’existerait pas :

-Gaston et Bernard Blanchot, en nous offrant ce lieu et nous autorisant à le transformer en atelier de vitrail et en salle de cinéma,

-Robert Mouveroux et Léopold Tonneau,

membres fondateurs.

-Pierre Bazin dit « Pierrot », pour les gros travaux et les structures métalliques.

-Jean Lecomte, pour l’installation électrique et le câblage sonore.

-Pierre Maréchal, pour la plomberie…

Et à tous ceux présents ou excusés aujourd’hui, Jack Berche, Claude Malatia, Martine Minost, pour leur aide précieuse, Daniel Dumortier, pour les multiples dépannages, David Lazega, pour avoir élaboré le site internet de notre cinéma, sans oublier Eveline Bonnet, notre Maître Verrier, responsable de l’Atelier de Vitrail et ses amies, toutes bénévoles, ont permis de financer à 80 % les travaux et l’équipement du cinéma en 35 m/m. Un grand merci à tous nos amis et ami(e)s donateurs qui, depuis 15 ans, assurent la survie de ce cinéma atypique, indépendant, libre, « sans pub, ni pop-corn », mais avec des images et du son grâce à la compétence et à la présence indispensable de Benoît Ménager.

Cette distinction de l’Ordre National du Mérite proposée par Madame Bredin, Présidente du Centre National du Cinéma à Madame Azoulay, Ministre de la Culture et de la communication et signée par le Président de la République récompense mes 69 ans de service pour une meilleure connaissance d’un cinéma de qualité et rare, d’œuvres de cinéastes connus et inconnus du monde entier loin de la grande distribution commerciale.

Je terminerai, chers amis, malgré quelques jours plus sombres… la vie est magnifique et pour conclure, je vais vous avouer un secret :

En 1945, j’avais 16 ans, après les bombardements, la ville du Havre libérée, j’ai été fauché par un camion GMC de l’armée américaine. Cet accident m’a immobilisé dix mois et pour passer mon bac, j’ai suivi des cours, sans trop de conviction, par correspondance et à la demande de mes parents, un professeur qui deviendra un ami, m’a fait découvrir les surréalistes, leurs actions et surtout la liberté.

Plus d’occupation, je veux fuir, vivre librement, ne plus entendre : « Passe ton bac, on verra après ? »

J’ai passé mon bac, le premier jour j’ai rendu une copie blanche, le deuxième jour je suis allé au cinéma voir Farrebique et les Portes de la nuit. Mon père n’a pas beaucoup apprécié mais il ne pouvait rien me reprocher, ma sœur et moi nous savions que lui aussi, à 17 ans s’était enfui de sa Bretagne.

Il m’a laissé partir seul à Paris… il est vrai avec une aide discrète de ma mère et là, j’ai suivi en auditeur libre des cours à l’Ecole du Louvre et de « Téléphonovision » aux Arts-et-Métiers. J’ai tourné des films en 16m/m dits d’avant-garde, présentés à la salle des sociétés savantes par le Ciné-Club du Quartier Latin, présidé par Maurice Schérer (alias Eric Rohmer) et la bande de copains de l’époque, Godard, Rivette, Truffaut, Gégauf, Molinaro mais mon obsession, c’était partir… Et le 1er avril 1951, un autre 1er avril, place de la Concorde, Danièle Delorme donnait le départ à quatre lambrettistes pour le Tibet. Un voyage de six mois à travers une douzaine de pays, mais à la frontière tibétaine, nous n’étions plus que deux, bloqués par les envahisseurs chinois. Le voyage s’arrêtait là… De retour en France, 10 mois après, je repartais avec un copain d’école, chacun sur son scooter, pour un voyage de 100.000 kms : « New-York, Alaska, Terre-de-Feu, Rio-de-Janeiro ». 15 pays d’Amériques du Nord, centrales et du sud, deux années d’aventures en toute liberté. Pas à pied pour garder une certaine dignité mais sur des scooters. Nous étions de la « Beat Generation », bien avant les beatnicks, leshippies…

La Panaméricaine existait… sur du papier, toujours en construction… de l’asphalte, seulement, aux Etats-Unis et à l’approche des grandes villes, sinon… des chemins de terre, de la caillasse, des pistes, des bourbiers, des accidents, des rencontres, des filles, des manifestations, des révolutions en gestation et la fin du voyage le Carnaval de Rio. Retour en France, mon père m’a accueilli avec une question/réponse : « C’est bien de prendre sa retraite à 20 ans… c’est peut-être, toi, qui avais raison ? »

Une autre grosse surprise m’attendait, j’avais oublié de faire mon service militaire et avec beaucoup de chance, j’ai été affecté au service cinéma des armées et, autre chance encore, j’ai été envoyé au Pérou, 28 mois militaire, mais en civil parce que je n’avais pas un grade suffisamment élevé.

Cette distinction qui m’honore, je veux la partager avec vous, car le mérite, je n’en ai pas plus que chacun et chacune d’entre nous, comme disait Charles Péguy : « Il y a autant d’amour à peler une pomme de terre qu’à construire des cathédrales ». Merci à tous… J’ai soif !… surtout de repartir. »

Michel Le Clerc

La cérémonie s’est achevée dans la petite salle de cinéma, où était projeté, un « Buster Keaton », de 1925, Les fiancées en folie !

[1] « M. Le Clerc (Michel, Christian, Henri), exploitant d’une salle de cinéma d'art et d'essai ; 69 ans de services » (J.O du 15 NOV. 2016 - page 26/30), distingué au grade de « Chevalier » à la Chancellerie de l’Ordre national du Mérite, par le Ministère de la culture et de la Communication.

En savoir plus sur le cinéma de Mons-en-Montois et Michel Le Clerc :

Mon article sur ce blog. 

CV-MLC

Le programme du cinéma est disponible chez les commerçants de Donnemarie-Dontilly, par e-mail, en s’abonnant à la newsletter (michel.leclerc4@sfr.fr), dans la presse locale et spécialisée, mais aussi sur www.allocine.fr et en consultant son site web : www.cinemons.fr !

En savoir plus sur l’ordre national du Mérite :

Institution républicaine née au cœur du XXème siècle, l’ordre national du Mérite est le second ordre national après la Légion d’honneur. La création de l’ordre national du Mérite résulte d’une large réforme du système des décorations engagée en 1958 par le grand chancelier de l’époque, le général Catroux, avec l’appui du général de Gaulle, dans une France en pleine modernisation. Déjà fondateur de l’ordre de la Libération pendant la seconde guerre mondiale, le général de Gaulle s’est impliqué tout particulièrement dans la création de ce nouvel ordre. Il a pour vocation de récompenser les « mérites distingués » et d’encourager les forces vives du pays, selon trois objectifs : traduire le dynamisme de la société ; donner valeur d’exemple ; reconnaître la diversité.

Comme la Légion d’honneur, l’ordre national du Mérite est un ordre universel, qui distingue des personnes issues de tous les domaines d’activité. L’ordre est chargé de stimuler les énergies individuelles, de fédérer toutes les volontés et de récompenser l’innovation et la participation au rayonnement de la France. Il est conçu comme une forme d’émulation pour que chacun donne le meilleur de lui-même et que la communauté des récipiendaires dans son ensemble représente l’esprit civique français. Il incarne également la diversité de la société française, ses cultures, ses origines sociales et ses nouveaux secteurs économiques.
Comme pour la Légion d’honneur, l’ordre national du Mérite garantit une véritable égalité d’accès, afin que tout citoyen méritant, quelle que soit sa place dans la société, puisse être reconnu par la nation. En 50 ans d’existence, l’ordre national du Mérite a conquis une place à part entière dans la société française.

Site web à consulter… si ça vous tente, vous pouvez la demander pour moi, dès maintenant, ou pour l’un ou l’une de vos ami(e)(s) ayant un certain mérite, si ce n’est un mérite certain à vos yeux. 😉

Mais ce n’est pas si facile à obtenir !

Attention : il est interdit de porter l’insigne, si vous ne l’avez pas reçue vous-même. Inutile, donc, de ressortir la médaille de grand papa pour briller en société !

Auteur : Elisabeth

Créatrice et administratrice de ce blog

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